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Chapitre III

Mutations

 

Bnfin la nuit, pensa David. Il pourra sortir de sa cabane en quête de nourriture, comme tous les autres survivants. La nostalgie revint lorsqu’il enfila ses vieux vêtements de pompier, mais il valait mieux ne pas s’attarder à ce genre de pensées… la nuit était à peine moins dangereuse que le jour et toute sa concentration devait aller à sa survie. Une imprudence le conduirait immanquablement à la mort et celle-ci était omniprésente maintenant. D’ailleurs son odeur devenait sans cesse plus forte, plus entêtante… elle était partout. L’oublier, c’était crever.

Sa combinaison enfilée, seule protection qu’il avait, il prit sa hache de pompier et, après avoir sondé les alentours avec vigilance, sortit des vestiges de la petite chaumière à demi enfouie par l’hécatombe… à peine une protubérance sale et anonyme, noyée dans le désordre des alentours. Il faut dire qu’il avait fait de son mieux pour dissimuler la ruine qui l’abritait. Il lui semblait encore voir s’élever les volutes de fumée rance qu’avait vomies, dans sa longue agonie, la maison toute proche, tant la puanteur du brasier éteint semblait avoir infecté les décombres noircis et menaçants. Mais la promiscuité d’un abri visiblement sauvegardé aurait attiré la convoitise de ses semblables… et si, pour quelques rares, la survie semblait l’unique espoir, beaucoup auraient préféré la mort à la demi-vie tortueuse et purulente à laquelle ils étaient désormais contraints. Ce qui restait de l’humanité devenait chaque jour plus perverti par ces horreurs que seul l’homme avait pu engendrer. Aussi avait-il été chanceux de trouver cet abri de fortune en assez bon état et que ses réaménagements rendaient invisibles.

Bon, tout est calme et, pour le moment, pas de danger !

Pendant qu’il marchait silencieusement dans les bois, il repensait au temps ou il exerçait encore son métier de pompier. Bon sang, même cela, il ne pouvait plus le faire… Ce n’était plus nécessaire ; les villes, en fait ce qu’il en restait, avaient été ravagées par les nombreux conflits des différentes factions qui voulaient s’en approprier le contrôle à la suite du grand bogue informatique mondial. Les guerres qui suivirent furent d’une telle violence qu’elles ravagèrent tout et que seuls les fous habitaient les décombres d’une ville.

Paradoxalement, il avait failli y rester, et ce, en sauvant des vies. Qu’était donc devenue l’humanité ? Tandis que David ressassait ses pensées, un groupe de personnes cachées dans les fourrés le suivaient avidement des yeux. Ils allaient enfin pouvoir manger.

B’y tenant plus, bien qu’il eut été favorable d’attendre un peu plus longtemps, les affamés quittèrent leur repère et passèrent à l’attaque. Deux sortirent des fourrés à peine quelques mètres devant lui tandis que le troisième en profita pour le surprendre par derrière en s’agrippant à son dos. De surprise, David en échappa sa hache, puis, de ses mains libérées, il s’empressa, sans même prendre le temps d’y réfléchir, d’attraper son attaquant par la tête. Il aurait bien voulu lui rompre le cou, mais sa position instable l’en empêchait. Il se jeta par terre et roula sur le côté afin de déloger ce parasite, mais celui-ci tenait bon et cherchait à lui sectionner la jugulaire en le mordant au cou. Dès qu’un des deux autres adversaires tenta de s’approcher, David lui décrocha d’instinct un coup de pied au visage. L’affamé qui était toujours dans son dos essayait maintenant de lui déchirer ses vêtements de pompier avec ses ongles. Il ne voyait en David qu’un succulent morceau de chair, qui pourrait atténuer la faim dévorante qui le torturait.

Pendant ce temps, le troisième se précipita dans la mêlée. David réussit à le bloquer assez facilement en repliant ses jambes sur sa poitrine et, juste au bon moment, à l’expulser en se redressant. Il fut projeté dans les airs et tomba douloureusement sur le dos. Heureusement, David était doté d’une grande force, ces nombreuses heures passées à s’entraîner n'y étaient sûrement pas étrangères. De ce bref répit, il en profita pour briser le cou de son premier assaillant. Enfin, un de moins pensa-t-il. Se redressant sur ses jambes, il réalisa qu’il était loin d’avoir gagné ce combat. Ses adversaires avaient également repris leurs esprits.

L’un des deux s’était emparé de sa hache alors que l’autre brandissait une grosse branche. Ces derniers lui tournaient autour, car, croyaient-t-ils, c’était là leur chance de le tuer et de le dévorer. Ils chargèrent en même temps, celui à la hache par-devant, l’autre par derrière. David évita aisément le coup de hache mais ne put éviter le vicieux coup de bâton dirigé vers son épaule. Tout son bras gauche s’engourdit instantanément. N’eut été de son habit de pompier, qui absorba une partie du coup, il aurait certainement eut l’épaule brisée.

Se retournant vivement, il parvint à donner un coup de poing à un de ses opposants en plein visage, ce qui eut pour effet de déstabiliser complètement ce dernier, qui tomba à genoux devant lui. David lui prit la tête de sa main droite et leva le genou vers son visage avec toute la force qui lui restait. Un craquement sinistre brisa le silence de la nuit et l’affamé tomba par terre, le visage irrémédiablement renfoncé. Deux de moins… c’est toujours ça de pris.

David eut tout juste le temps de se projeter en avant alors qu’il sentit la hache pénétrer sa veste en la déchirant du haut du dos jusqu’à la ceinture, non sans lui entailler légèrement la chair. Cela lui vaudrait une belle balafre, s’il survivait à ce combat.

Vif comme l’éclair, il fit face à son dernier assaillant. Malheureusement, son bras gauche était encore trop engourdi pour être d’une quelconque utilité. Il recula donc, se prit les pieds dans un des deux cadavres et tomba sur le dos. Son ennemi n’allait pas rater cette opportunité et David sut que, cette fois-ci, sa dernière heure était arrivée.

Bomme il s’apprêtait à recevoir le coup de grâce, un « CLONG » retentit et l’affamé tombât face contre terre, une pelle enfoncée au travers de la tête.

Hagard, David se redressa lentement. Il regarda avec étonnement une jeune femme à l‘air farouche qui affichait un sourire triomphal. En lui tendant la main pour l’aider à se relever, elle lui dit : « Je me nomme Geneviève, et vous, mon grand monsieur, quel est votre nom ? »

- Heu... David. Et merci pour le coup de main, ou plutôt, le coup de pelle.
- N’en parlons plus. Ce serait à moi de vous remercier : cela faisait plusieurs nuits que je les traquais. Pour un groupe d’affamés, ils étaient rudement bien organisés, pas moyen de les séparer et de les avoir un par un. C’est bizarre, car depuis quelque temps, ils commencent à attaquer en groupe : cela ne leur ressemble pas.
- Que voulez-vous dire ?

Alors qu’elle arrachait d’un geste sec la pelle de la tête de sa victime, avec un léger bruit de succion mêlé au raclement des os éclatés de la boîte crânienne, aspergeant de sang le bas de sa robe déjà en lambeaux, elle répondit :
- Je ne sais pas, on dirait qu’ils semblent plus intelligents qu’avant. De plus, lorsque je regarde celui-ci, dit-elle, je jurerais que je l’ai déjà tué auparavant. Mais c’est impossible, n’est-ce pas ?
- Non, non, ce n’est pas d’eux que je voulais parler, mais de vous. Vous venez de dire que cela faisait plusieurs nuits que vous les suiviez. Vous étiez là lorsqu’ils étaient cachés?
- Écoute, on ne va pas se vouvoyer O.K. ? Alors oui, je l’avoue, tu m’as servit d’appâts.

En deux pas, David avait rejoint Geneviève. Il était rouge de colère. Il était imposant avec ses 6 pieds de haut et ses 240 livres de muscles, le visage aux traits sévères, une moustache noire ainsi qu’une barbe de plusieurs jours et les cheveux coupés courts. Geneviève, quant à elle, bien que ne faisant que 5 pieds et demi, de longs cheveux bruns tombant aux épaules, des lèvres généreuses sur un visage aux traits délicats, elle avait un regard qui ne s’en laisse pas imposer. Elle ne sembla pas impressionnée. Contre toute attente, alors qu’elle était obligée de pencher la tête par derrière afin de bien le regarder dans les yeux, elle lui sourit et lui dit :

- Dis donc mon grand, t’es drôlement séduisant !

Du coup, toute la colère de David s’envola, le laissant muet de stupéfaction devant son audace. Voyant qu’elle l’avait déstabilisé, Geneviève poursuivit dans le même sens afin de ne pas laisser le temps à David de reprendre ses esprits.

- Ne reste pas la bouche ouverte, tu vas avaler des mouches. De plus, si tu reste planté là à ne rien faire, tu vas prendre racines et te transformer en arbre.

Elle se retourna d’un geste vif et s’en alla. Tu ferais mieux de prendre ta hache et de me suivre. Je connais un endroit nommé « La Planque » à quelques kilomètres d’ici, on pourra peut-être y trouver de quoi boire et manger, avec un peu de chance. « C’est un endroit ou beaucoup de voyageurs s’arrêtent pour faire du troc » lui lança-t-elle par-dessus son épaule.

David, qui venait de refermer sa bouche, secoua sa tête, haussa les épaules et alla ramasser sa hache. Comme sa veste était déchirée et le gênait, il s’en débarrassa en la jetant au loin dans le noir.
- Tu ne les fouilles pas ? demanda-t-il à Geneviève
- Pas la peine, c’est bien connu, les affamés n’ont jamais rien sur eux.

En quelques pas de course, David la rattrapa. « Bien, dit donc, t’es un sacré bout de femme, toi. On peut dire que t’as un sacré culot. Tu te sers de moi comme appât, tu les laisses pratiquement me tuer, alors que tu aurais pu me prévenir, puis un fois terminée, tu me dis que tu me trouve séduisant et tu pars en me demandant de te suivre. Tu ne crois pas que tu me dois quelques explications ?

Geneviève continuait à avancer tout en scrutant attentivement l’obscurité de la forêt qui les entourait. Elle se tourna finalement vers David.

- Tu as raison, tu as droit à une explication, surtout si on doit continuer ensemble pour augmenter nos chances de survie.
- Qui t’as dit que je voulais être avec toi ?
- Tu me suis, non ? Répliqua Geneviève.
- Oui, c’est vrai, mais tu m’intrigue. Et de plus, je veux savoir ou est la « Planque » dont tu m’as parlé.

En disant ces mots, ils se remirent en route car, rester à découvert était fortement déconseillé, si on tenait à la vie.

- Bon, bien écoute, dit Geneviève, je vais te raconter mon histoire, du moins, la partie qui m’a poussé à faire ce que j’ai fait.

Be vivais à environ 30 kilomètres d’ici, avec 2 autres personnes.  On s’était rencontré une nuit semblable à celle-ci.  Ils avaient des difficultés avec un affamé.  Au moment ou j’allais leur donner un coup de main, ils avaient réussit à lui régler son compte.  Je me suis présenté et, après une brève discussion, nous avons décidé de rester ensemble pour former un petit groupe, discret, mais qui augmentait grandement nos chances de survie.

Pendant plusieurs jours, tout allât bien.  Mais, il  y a environ 2 semaines, 7 ou 8 de ces dégénérés d’affamés nous sont tombés dessus, par embuscade, un peu comme toi tout à l’heure.  On s’est battu comme des diables, on a réussit à en tuer plusieurs, mais leur nombre a eu raison de notre petit groupe.  Alors que mes compagnons venaient de tomber et qu’il y avait plusieurs affamés qui avaient déjà commencé à les dévorer, j’ai compris que ma seule chance de salut était la fuite… et j’ai fuit.  Heureusement pour moi, un seul m’a suivi. Quelques minutes plus tard, je réussissais à me débarrasser de cet enfoiré et je me suis juré de venger mes copains.  J’y suis donc retourné et j’en ai tué deux autres en les piégeant.  Mais, les trois derniers, étrangement ne se séparais jamais.  Pas moyen de leur tendre un piège.  On aurait dit qu’ils sentaient ma présence.  Je devais me montrer patiente et saisir la moindre opportunité qui s’offrirait à moi afin d’assouvir ma vengeance. 

Et c’est là que tu es apparut !  ça faisait un bon moment qu’ils étaient cachés à attendre.  En fait, je crois que c’est moi qu’ils voulaient, et je n’osais pas bouger de ma cachette, jusqu’à ce qu’ils décident de t’attaquer.

Ce que tu dis me laisse perplexe.  C’était bien des affamés, il n’y a pas de doute là-dessus, mais qu’ils s’organisent en groupe, alors qu’ils ont le cerveau ravagé par les émanations des industries biochimiques urbaines, je ne comprends pas.  Ca ne colle pas.  Ils ont le même Q.I. qu’un animal et réagissent de la même manière.  Mais il peut arriver, parfois, qu’un de ces affamés soit légèrement plus intelligent, comme celui qui a su se servir de ma hache.  Ils ne sont pas censés être capable de réfléchir et de s’organiser comme tu le dis.

Comment ça se fait que tu en saches autant sur eux?

Disons qu’un jour, alors que mon métier avait encore une once d’utilité, j’ai sauvé la vie à un chimiste qui était coincé dans un laboratoire en feu.  Peu après, il m’a révélé que son équipe effectuait des expériences sur des affamés qu’ils avaient capturé.

Un chimiste tu dis ?  Pas en ville, ça fait longtemps qu’elles ne sont plus habitables, par des gens normaux en tout cas.  C’est à cause de ces fichues industries et tous leurs produits chimiques qu’elles ont répandus en explosant lors du grand conflit, peu de temps après le bogue mondial dit Geneviève s’immobilisant soudain, tout en essayant de percer les ténèbres d’une nuit sans lune.

L’homme que j’ai sauvé dans ce labo, un des derniers à être encore debout à l’époque, était situé loin de tout, presque en campagne.  C’était un des derniers regroupements de scientifiques qui tentait de nous aider à améliorer le sort de l’humanité.

Ce qu’il ne faut pas entendre ! Dit Geneviève, les dents serrés.  Ne me dit pas que t’as cru un de ces salauds de scientifique.  C’est à cause d’eux qu’on en est arrivé là.  Ils devraient tous crever !

Doucement, jeune dame.  Ce n’est pas que je prends pour eux, mais rien ne me prouve que c’est de leurs fautes.  Je suis d’accords que c’est leurs laboratoires qui en explosant ont fait des ravages avec tous leurs produits chimiques, mais c’était aussi le cas de presque toutes les usines.  Sans compter qu’eux aussi ont péris dans ces explosions.  De toute façon, je ne sais pas pourquoi il m’aurait mentit, nous sommes tous dans le même bateau.  Nous devons tous nous battre, tous les jours, pour rester en vie.  Nous n’avons aucune ressource, plus de matériel, plus rien.  Je crois que t'as raison, pour s’en sortir, nous devons nous entraider.

Tu sais, David, je crois que t’as trop  grand cœur.  Un jour, ça fera ta perte.

Pendant qu’ils marchaient, en parlant de choses et d’autres, Geneviève s’arrêta soudain, tous ses sens en alerte.   Elle fit immédiatement signe à David de s’arrêter, lui intimant le silence en lui plaçant un doigt sur les lèvres afin qu’il ne puisse plus dire un mot. 

Bls s'accroupièrent et avancèrent en silence. David perçut alors un bruit de lute. Des éclats de voix lui parvenaient et, il estima le nombre des combattants à trois ou quatre. Comment avait-elle pu les entendre bien avant lui? Ce petit bout de femme était vraiment spécial. Elle avait, dès lors, réussit à se hisser à un échelon enviable sur son échelle des valeurs. Il faut dire qu’elle avait aussi un joli visage, sans oublier de mentionner sa silhouette très désirable.

Mais, revenant au moment présent, il vit Geneviève lui faire signe de ne pas bouger. Elle irait voir ce qui se passait et reviendrait rapidement. Avant qu’il n’est pu s’objecter, elle s’était déjà fondu dans l’obscurité.

- Bon sang, elle a vraiment un don pour réussir à disparaître aussi vite !

Serrant sa hache de ses deux mains, il se mit à avancer, très lentement, tout en se tenant prêt à intervenir au moindre cri de Geneviève. Il alla se cacher derrière un buisson lorsqu’il aperçut quatre bandits qui harcelaient un homme. Ce dernier les empêchait d’approcher en faisant tournoyer, au-dessus de sa tête, une sorte de mallette, reliée par une chaîne d’environ deux mètres, qu’il tenait entre ses mains.

David évalua la situation : quatre bandits encerclaient cet homme. On les reconnaissait aisément par leurs accoutrements. Vêtu à la mode des gangsters des années 1960, chapeau démodés, vestons ou longs manteaux sombres, chacun avait son poignet gauche enroulé de plusieurs tours d’une chaîne ordinaire, symbolisant l’appartenance à leur redoutable caste. Ils arboraient tous cet accent italien caractéristique.

Deux d’entres eux étaient armés d’une épée courte et d’une dague, le troisième d’une seule épée longue, et le dernier, sans doute le chef, tenait entre ses mains un katana.

À n’en pas douter, ils faisaient partie du « Gang des épées », un des gangs les plus redoutés de la région.

Avant d’intervenir, David voulait bien savoir qui est l’homme à la mallette.

- Tou çé qué tu vas mourir ? lui dit le chef. Tou serviras dé repas aux affamés. Enfin, cé qui resteras dé ton corps.

L’homme à la valise répliqua :

- Venez me chercher, bande d’enfoirés. Approchez voir, vous verrez que je ne suis pas encore mort !

Alors qu’il prononçait ces mots, un gangster s’approcha de lui en courrant. Il n’avait pas fait plus de trois pas qu’il reçut la valise en pleine face. Il y eut alors un grand éclaboussement de sang car la moitié de son visage fut littéralement arrachée. Des morceaux de peau pendaient en lambeaux ainsi que son œil gauche, qui était sorti de son orbite sous la force de l’impact, en éclatant avec un léger « pop ». Toute sa mâchoire fut arrachée après avoir été réduite en bouillie. Sa langue pendait, mollement, et un véritable geyser de sang sortait de son cou, là ou la carotide avait été déchiquetée. On pouvait apercevoir aussi une partie de son cerveau, car la boite crânienne avait explosée. Le gangster pirouetta sur lui-même et s’effondra dans une marre de sang qui s’élargissait à vue d’œil.

David resta surpris par l’ampleur du dégât. Il remarqua alors que la valise était couverte de pointes de métal acérées, qui ressortaient tout autour du boîtier.

Le chef de la bande alla arracher la dague d’un de ses hommes et pivota légèrement sur lui-même et dit :

- Tou va payer très chérement cé qué tou viens de faire !

Puis il lança la dague sur l’homme à la valise. La lame siffla dans l’air et alla s’enfoncer dans son épaule gauche, jusqu’à la garde. Avec un cri de douleur, ce dernier réussit tout de même à lancer adroitement sa mallette en direction du gangster qui portait une épée longue. Le bandit réussit, tant bien que mal, à faire dévier quelque peu la trajectoire de la valise. Mais les lois de la physique étant ce qu’elles sont, le poids, la vitesse et l’inertie de la valise ont fait en sorte que cette dernière lui arracha son arme ainsi que deux de ses doigts de la mains droite au passage.

L’estropier poussa un hurlement de douleur et de surprise en ramenant sa main ensanglantée contre lui. David nota que ce dernier venait d’être neutralisé, mais pourrait tout de même faire un geste désespéré. Lorsqu’un homme se dit qu’il n’a plus rien à perdre, il tente souvent le tout pour le tout. Cette théorie était aussi valable pour l’homme à la valise, bien que ce dernier était le plus démuni face à ses bourreaux qui ricanaient en le regardant. Il faut dire que sa situation n’était pas des plus brillantes : tombé à genoux, une lame enfoncée dans l’épaule, aucune arme pour se défendre… David, sans savoir exactement pourquoi lui trouva un air sympathique et décida de lui venir en aide. À ce moment précis, le chef au katana s’approcha près du buisson où David se terrait et dit :

- Cé la fin spèce d’encoulé. Jé vais té faire souffrire pour tou ça! Jé vais té couper les membres oune à oune et té laisser té vider dé ton sang comme oune porc qué l’on égorge.

 

Bcoutez-moi. Je ne vous ai rien fait. C’est vous qui m’avez attaqué croyant que je trimbalais quelque chose de précieux dans ma valise et je n’ai fait que me défendre pour sauver ma peau. Pourquoi ne me fichez-vous pas la paix? Vous l’avez à présent ma valise…. Je ne cherche pas les conflits bon sang, répliqua-t-il à bout de souffle.

- Et tou crois qué nous allons simplement nous en aller. Tou rêve! Dit-il en s’avançant vers celui-ci en brandissant son katana.

C’est à ce moment que David décida d’intervenir. Sortant du fourré, il assena un solide coup de hache au katana du chef des malfrats, vis-à-vis la garde. Le coup fut bien porté et fit perdre l’arme au bandit. Celui-ci recula d’un bon afin de ne pas rester à la portée du nouveau venu qui lui semblait plutôt coriace.

David mit immédiatement un pied sur le katana, s’assurant ainsi que son adversaire ne pourrait le reprendre. Au même instant, un autre « clong » retentit derrière lui. Il se retourna vivement pour vérifier s’il s’agissait bien, comme il s’en doutait, du bruit caractéristique de la pelle de Geneviève terrassant un ennemi. C’est alors qu’il vit la tête du quatrième bandit s’affaisser sur son épaule gauche. Celle-ci n’était plus retenue que par quelques tendons du cou. David pouvait voir l’os blanchâtre de la vertèbre cervicale tranché net, contrastant avec les lambeaux de chair rouge suintant de sang giclant grâce aux dernières pulsations. Quelques secondes plus tard, le cadavre s’écroula.

Comme par habitude, Geneviève se retrouvait, encore une fois, dégoulinante du sang de sa victime, mais elle ne s’en aperçut même pas. Elle se dirigeait déjà, brandissant sa pelle devant elle, vers l’homme à la main blessée. Ce dernier, reprenant ses esprits et voyant cette furie foncer droit sur lui, prit ses jambes à son cou et s’engouffra rapidement dans la noirceur de la forêt. Geneviève s’arrêta, hésitante. Elle décida qu’il serait plus prudent de le laisser fuir et de retourner prêter main forte à David.

- Je crois qu’il y a un changement au programme, mon pote ! dit calmement David en s’adressant au chef, seul survivant de son groupe.
- Ma qui êtes-vous donc ? Vous ténez à mourir aussi ! Jé vous conseille dé né pas vous en mêler. Alors, jé vous laisserai la vie sauve pour cé coup-ci !
- Tue-le David, répliqua Geneviève. Tue-le tout de suite, pendant que tu le peux. J’ai entendu des horreurs sur ce gang. Ils n’ont aucune pitié et font du tort partout où ils passent. Ils tuent les gens par simple plaisir. Ce sont des écoeurants, des chiens.
- Je te trouve plutôt arrogant, pour une personne seule, dit David. Je crois que tu ferais mieux de te tenir tranquille et de te la fermer. Je ne sais pas si t’as remarqué, mais cette dame ne semble pas d’humeur clémente.

C’est alors que l’homme à la valise poussa un gémissement et s’évanouit. Geneviève et David se retournèrent vers l’origine de ce bruit. Profitant de cette distraction, le malfrat s’éclipsa à son tour dans le bois.

Geneviève voulut s’élancer à sa poursuite, mais David l’en empêcha en l’agrippant par le bras.
- Arrête, lui dit-il. C’est pas prudent. Il pourrait se cacher espérant qu’un de nous deux lui court après et nous attaquer en traître. Je crois qu’il lui reste encore un couteau et, t’as vu, il sait très bien s’en servir.
- Geneviève s’arracha de son étreinte, du feu dans les yeux. T’aurais dû le tuer quand tu l’pouvais. Et sur ces mots, elle alla récupérer les diverses armes que les bandits avaient abandonnées derrière eux. Elles pourraient servirent.
- Dis donc, ça te dérangerait de m’aider ? Il faut transporter ce gars jusqu’à l’endroit que tu voulais me montrer. On ne doit plus en être bien loin, hein ?
- Laisse-le crever, lui répondit-elle.
- Quoi, après tout le mal qu’on s’est donné ? Il n’est pas question de le laisser là, tu m’entends ? De toute façon, c’est moi qui vais le porter. Tu n’as qu’à m’indiquer la route. Je m’arrangerai tout seul s’il le faut.
- Écoute, ce n’est pas ce que tu crois. Mais enfin, tu sembles décidé et il n’est pas question de te laisser seul.
- Ouin, c’est plutôt toi qui ne veux pas rester seule. Puis, sans lui laisser le temps de répliquer, il enchaîna : Pourquoi veux-tu le laisser mourir ? Il me semble être un bon gars.
- D’accord, d’accord. Je vais t’aider. Je t’expliquerai mes raisons plus tard.

Réalisant qu’elle n’avait pas ramassé le katana, elle retourna sur ses pas et constatât qu’il avait disparu. Étudiant attentivement les sombres recoins de la forêt tout autour d’eux, elle resserrât son emprise sur le manche de sa pelle.

- On ferait bien de partir, dit-elle à David tout en ramassant les armes qu’elle avait empilées par terre. Emmène-le. Je surveillai les alentours pendant le trajet. Et tiens-toi prêt à tout, on ne sait jamais. Sur ce, ils se mirent en route.

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