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PNJ_Sang-Lune | Geneviève | Cynthia | Péa | Christian | Météo |
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Chapitre III

Mutations

 

Bavid s’arrêta soudainement, n’ayant à peine parcourus qu’un kilomètre.
- C’est encore loin, ton refuge ?
- Environ une demi-heure, au rythme où nous avançons, mais à 10 ou 15 minutes si on le laisse et qu’on se presse.
- Tu veux encore le laisser crever, c’est une fixation chez toi, dit David. T’as-t’il fait quelque chose ?. De toute façon, ça ne va pas du tout. En le transportant de cette manière, même avec le bandage que je lui ai fait, il perdra tout son sang bien avant d’être arrivé à destination.
Sautant sur l’occasion, Geneviève répliqua : Si de toute façon, il est pour mourir au bout de son sang, autant le laisser tout de suite, non ? Voyant le regard désapprobateur de David, elle leva les bras au ciel en secouant la tête, exaspérée.
- Écoute, dit David. Je vais lui confectionner un brancard de fortune. Il doit bien y avoir des branches assez grosses près d’ici.
- Et avec quoi vas-tu fixer les branches ensemble ?
- Ah là, j’étais scout lorsque j’étais jeune et comme tout scout que je suis, dit-il en se fouillant dans les poches et en ressortant un petit rouleau de corde qu’il montra fièrement à Geneviève, a toujours plusieurs choses sur lui qui peuvent s’avérer utiles. Sur ce, il s’engouffra dans les bois à la recherche de bonnes branches pour le brancard.
- Ne t’éloigne pas trop, le supplia Geneviève en scrutant encore une fois les alentours. C’est pas évident, en pleine nuit, de voir si une personne se cache dans le bois. Et je dois te prévenir que le chef des bandits est revenu reprendre son katana pendant qu’on s’affairait à soigner ce type. Il n’est peut-être pas loin.
- Alors, c’est donc ça. Tu t’inquiètes de ce fils de pute. Ne t’en fais pas, les types dans son genre attaquent seulement s’ils sont nombreux, et s’ils sont sûr de gagner. Au cas où tu ne l’aurais pas remarquer, sa petite bande s’est fait dégommée. En ce moment, il est sûrement reparti en espérant recruter une autre bande d’imbéciles prêts à la suivre. À mon avis, on ne le reverra pas de sitôt.
David ressorti du bois avec brassée de longues branches et commença à les assembler.
- À ta place, je ne me fierais pas trop là-dessus. Il m’avait l’air plutôt dangereux et prêt à faire les pires atrocités à cet homme.
- Décidément, j’ai vécu trop longtemps en solitaire. Je ne savais pas qu’il y avait autant de bandits dans la région.
- Ils ne sont pas nouveaux, répliqua Geneviève. Je ne sais pas où tu as vécut ces dernières années, mais on n’a pas que les gangsters et les affamés à craindre. Il parait qu’il y a aussi une nouvelle espèce qui a été génétiquement modifiée et qui parcoure ces terres.
- Et je gage qu’ils ressemblent à des êtres mi-homme, mi-bête.
- Oui, c’est exactement ça. Mais comment es-tu au courant. Ils ne sont arrivés que très récemment dans notre région.
- Bien, disons que j’ai croisé le chemin d’une de ces créatures et elle était drôlement agressive. Bien qu’elle n’avait pas d’arme, elle m’en a fait baver. J’ai toujours cru que c’était une infirmité mis au monde par accident. Avec tout ce qu’on respire, ce ne serait pas étonnant.
- Sache, pour ton information, que ces espèces d’hommes bêtes ont été créés pour l’armée, avant le grand bogue. Ils pensaient qu’ils seraient parfaitement adaptés pour combattre en terrain boisé.
- Mais d’où tiens-tu tes informations, questionna David.
- Tu te souviens du groupe dont je t’ai parlé ? Il était composé, entre autres, d’un généticien de l’armée. Il nous a expliqué une chose ou deux de leurs projets secrets.
- Bon, j’ai terminé et je devrais pourvoir le trainer seul, sans trop esquinter notre homme. C’est un vieux truc indien, ils transportaient toutes sortes de choses avec ce type de brancard.
Sur ces mots, David installa l’homme et sa valise sur le brancard et empoigna les deux morceaux de bois qui dépassaient. Il avança facilement sur la piste passablement horizontale du sentier.
- Au fait, vas-tu enfin me dire pourquoi tu n’aime pas cet homme ?
- C’est évident, non? Regarde la façon dont il est habillé, sa chemise blanche, sa valise et tout. C’est sûrement un de ces hommes d’affaires. Elle prononça ces mots avec un dégoût indéniable. Je te signale que c’est en grande partie à cause d’eux si la situation a dégénérée à ce point !
- Tu n’exagère pas un peu là. Tu juges cet homme sur son habillement et tu te prononces sur un événement passé basé sur de simples spéculations.
- Quoi ? dit Geneviève en s’arrêtant de nouveau pour regarder David, comme s’il était un demeuré. Ce sont ces gestionnaires, ces administrateurs, ces directeurs de ci et de ça, et surtout ces investisseurs de merde qui ne se renseignaient pas sur ce dans quoi ils investissaient. Ils s’en fichaient, ils ne désiraient qu’une chose : faire plus de profit, tout de suite, par n’importe quel moyen. Et le moyen le plus facile est de couper dans le personnel, comme ceux qui s’occupaient de l’entretien de certaines machines ou ordinateurs. C’est de l’irresponsabilité. Mais à quoi bon payer des gars à ne rien faire, puisque la machinerie est entièrement automatisée, se répare toute seule et est fiable ? railla Geneviève. Elle avait dit tout cela d’une seule diatribe, sans reprendre son souffle.

David s’inquiéta du fait que Geneviève commençait à s’emporter un peu trop à son goût, mais surtout, qu’elle haussait la voix. Ce manque de discrétion pouvait leur apporter de graves ennuis, ce qu’il voulait éviter à tout prix. Mais, de peur d’aggraver la situation, il renonça à faire tout commentaire et reprit son chemin, espérant qu’elle se calmerait et le suivrait en silence. C’était sans compter sur le caractère explosif de Geneviève.

- Tu te rends compte, dit-elle, élevant encore un peu plus le ton, tout en se remettant en marche, que si ces décideurs imbéciles avaient mieux évalué les autre risques, pas seulement les risques monétaires, que le bogue aurait pu être éviter et qu'on n’en serait pas là ? Quand j’y pense, ils me répugnent. Ils peuvent bien s’habiller en croque-mort, c’est vers la mort qu’ils ont mené le monde, un cul-de-sac sans espoir. Tout ça parce qu’ils ne pensaient qu’à leur portefeuille. Quand tu ne vois que le profit, tu ne vois rien d’autre, disait mon grand-père. Paix à son âme.
- Bon là, ça suffit. Tu vas baisser le ton de ta voix car elle porte un peu trop loin dans ces bois. Ensuite, ça ne sert à rien de revenir sur le passé. Des « on-aurait dû », des « on-aurait pu », ça ne t’apportera pas à manger, non ? Et puis, personne ne sais ce qui s’est exactement passé. Cela fait un bon bout de temps déjà. Et avec ce qui reste de l’humanité, à quoi servira-t-il de trouver un coupable ? C’est au présent que l’on doit vivre et souhaiter ne pas refaire les erreurs du passé, mais bien de se servir de celui-ci pour éviter que l’histoire ne se répète.
- T’es con ou quoi ? s’exclama Geneviève, surprise de ces propos et choquée du regard de défi que David lui lançait. Alors qu’elle s’apprêtait à continuer à argumenter, David, d’un seul mouvement, laissa tomber le brancard, se jeta sur elle et la plaqua au sol sans aucun ménagement.

Bvant même d’atteindre le sol, Geneviève aperçu une lueur argentée, tel un éclair, passer à un doigt de son visage. Un « tonk » sourd retentit non loin d’eux et une voix, qu’ils ne connaissaient que trop bien, s’écria :
- Jé t’ai raté cé coup-ci, mais vous n’aurez pas autant dé chance la prochaine fois !

David se redressa et lui répondit avec colère :
- Vient, on va régler ça d’homme à homme, espèce de lâche ! T’es rien qu’une mauviette hein. Pas vrai le sournois ? C’est facile d’attaquer quelqu’un dans le dos, mais ça prend un homme pour faire face, pas vrai le lâche ?
Geneviève s’empressa d’aller récupérer le couteau planté dans l’arbre et le mis avec les autres armes.
- En tout cas, il a un arme de moins, il ne doit plus lui rester un seul couteau maintenant, dit-elle. Viens David, partons, il ne se montrera pas, tu peux en être sûr. Nous ne serons en sécurité que lorsqu’on sera arrivé à la planque. Là-bas, les gens se protègent mutuellement.
- Ouin, t’as raison. J’espérais qu’il se remettre à parler pour le localiser et en finir avec lui. Il est rusé cet animal.
Ils se remirent en route en silence, oubliant la récente discussion. Geneviève semblait soucieuse, aussi, après quelques minutes elle lui dit doucement :
- Écoute, je ne sais pas comment tu as fait pour voir ce couteau arriver sur moi, mais je te remercie de m’avoir sauvé la vie. Je sais que je n’aurais pas dû m’emporter de la sorte. Cela lui a permit de nous repérer facilement. Il y a des sujets qui me font sortir de mes gonds, mais ne t’en fais pas, je te jure de ne plus recommencer, dit Geneviève, la tête basse.
- Bah, n’en parlons plus. En effet, je me suis bien rendu compte qu’il y a des sujets glissants dont je vais me méfier à l’avenir. Au fait, tu sais ce que me disait mon grand-père à moi aussi ? dit David sur un ton qui se voulait apaisant.
- Non, quoi donc, tu m’intriques ?
- Il disait que personne ne devrait jurer quoi que ce soit, à moins qu’il ne soit devin et qu’il ne sache d’avance ce qui va arriver, car, sinon, la vie s’arrange, la plupart du temps, à faire en sorte que tu ne pourras pas tenir ta promesse.
- Et bien, ton grand-père avait beaucoup de sagesse. Il faudra que tu m’en reparles un jour.
Après avoir suivit un sentier assez large et sinueux, traversant une forêt de pins gris, ils tournèrent à droite à un embranchement. La route descendait vers une vallée nichée au creux de ce qui semblait être des collines sablonneuses. Ils aperçurent enfin la « planque »

B’était un bâtiment singulier, construit sur 2 étages, avec un assemblage de matériaux hétéroclites. Des bouts de murs recouverts de bardeaux de cèdre, d’autres recouverts de croûte de bois de sciage. Un toit à angle recouvert de tôle rouillée et légèrement cabossée protégeait le bâtiment des intempéries et du soleil maudit. Par contre, la façade, percée d’une porte et de deux petites fenêtres, semblait avoir été refaite très récemment. Les planches qui la recouvraient, chose étonnante, n’avait pas plus d’un an. Comment se les étaient-ils procurées ? Peu de gens aurait pu répondre à cette question. Les fenêtres n’avaient pas de vitre, seulement de petits volets. Cela devait être utile pour éviter autant les malfrats que les rayons du soleil.

On pouvait aussi apercevoir une petite remise à la gauche de la planque. Deux ou trois personnes s’activaient autour de l’aire de feu. Le terrain était, ici et là, parsemé de tas de vieux bois, de pierres et d’autres objets sans utilités apparentes. Ces derniers, sûrement des guetteurs, regardèrent d’un œil méfiant les nouveaux arrivants.

- Rentrons à l’intérieur, dit Geneviève. Celui qui s’occupe de cet établissement s’appelle le professeur Crâneur, ou quelque chose du genre.

Quelle ne fut pas la surprise de David lorsque Geneviève ouvrit la porte. Il fut littéralement éblouit par toute la lumière qui provenait de l’intérieur.

- Mais, mais c’est éclairé, s’écria-t-il. C’est pas vrai, ils ont de l’énergie, ici, dans ce trou perdu. C’est dingue, c’est quoi l’arnaque ?
- Y’a pas d’arnaque, ce ne sont que de faibles ampoules reliées à une batterie d’auto qu’ils rechargent pendant le jour avec des petits panneaux solaires sur le toit, si je me souviens bien. Reste pas dans la porte, on va aller voir le professeur, il est habituellement à son comptoir, au fond de la pièce.

Cette pièce faisait environ 4 mètres de largeur sur 8 mètres de profondeur. Plusieurs « clients » étaient regroupés auprès des quelques tables qui meublaient cet espace.

Il y régnait une ambiance morose. C’était tout de même émouvant de voir ce début de société ainsi rassemblé au milieu de nulle part, dans le fond d’une vallée, cachée par la forêt environnante. Cette superficie serait suffisante pour construire, en plus de la planque, quelques bâtiments et ainsi créer une commune, voire un petit village.

L’imagination et l’espoir de David s’enflammèrent subitement. Il entrevoyait déjà tout le potentiel que cela offrait. Pour les survivants fatigués de se cacher, fatigués de devoir constamment se défendre, fatigués d’affronter la solitude à tous les jours, la possibilité d’avoir un lieu où se regrouper et s’organiser semblait incroyable.
Geneviève le ramena à la réalité en lui infligeant un léger coup de coude dans l’estomac.

- Coucou, on est là. Aurais-tu oublié le gars, derrière toi, qui se vide de son sang ? Faudrait pas s’être donné autant de mal pour rien, dit’ elle avec une moue moqueuse.
- Heu, ah… oui, bien sûr. Sur ce, il parti à la rencontre du professeur.
- Dis donc l’ami, une petite partie, ça t’intéresse ? Il y a gros à gagner tu sais, c’est le bon Jack Makefric qui te le dis !

Burpris par cette intrusion, David regarda ce personnage étrange, à l’air sympathique, qui jonglait habilement avec un jeu de carte. Il s’amusait à faire sortir, d’une seule main, les figures du jeu, l’une après l’autre, puis les retournait dans le paquet. Son regard était perçant et ses gestes vifs. Un sourire énigmatique, incarnée sur une bouche aux lèvres généreuses, éclairait son visage. Il portait un grand chapeau noir à large bord et un manteau noir le couvrait jusqu’au mi-mollet. Sur la table, devant lui, était disposé un jeu d’échec et un jeu de crible. « Curieux mélange », pensa David, tout en continuant son chemin sans s’arrêter. -Hé, dis-donc l’ami, si tu as besoin d’un coup de main, on peut s’arranger. Tu n’as qu’à demander et, en échange d’une petite partie, je pourrais t’offrir beaucoup de choses qui te seraient sûrement utiles. Penses-y ! réitéra de nouveau le « bon Jack ».
- Ah, professeur Crâneur, on a besoin de vos soins ici. Il y a un homme blessé à l’épaule qui perd du sang, derrière mon ami, dit Geneviève en montrant du doigt l’homme dans la civière.
- Oh oui, oui, dah, j’arrive tout de suite avec ma trousse, répondit celui-ci avec un fort accent germanique. Alors qu’il contournait le comptoir et se penchait sur le blessé afin de l’examiner, une autre voix féminine, chargée de mépris, retentit. Y-a qu’à le laisser crever. Rien qu’à le voir, on se doute bien que c’est un membre de l’ancien gouvernement. Tous des ordures, je vous dis. C’est de leur faute si tout va si mal aujourd’hui. Si ces politiciens n’auraient pas trempés dans la magouille jusqu’au cou, ils auraient sûrement pu faire quelques choses. De toute façon, c’est à cause d’eux qu’on est dans ce bourbier. Eux et leurs manies de politiciens véreux. Une bonne balle dans la tête, il ne mérite que ça.
Coudon c’est contagieux, chez les femmes par ici ? dit David, en cherchant du regard celle qui venait de prononcer ces paroles haineuses. C’est alors qu’il aperçu, en retrait, dans un coin, un petit bout de femme assis dans un fauteuil roulant. Elle était si petite qu’on aurait, à première vue, pu croire qu’elle n’était qu’une enfant. Mais en regardant plus attentivement, on y voyant bien les traits d’une femme farouche, déterminée, avec une volonté de fer, et sûrement, un courage à toutes épreuves. Survivre dans un fauteuil roulant, en ses temps chaotiques, forçait au respect. Aussi, David réussit-il de justesse à retenir la réplique acerbe qu’il s’apprêtait à émettre. Il se contenta d’une simple remarque : « Écoutez, je ne sais pas s’il est un homme d’affaires, ou un homme du gouvernement ou je ne sais quoi. Pour ma part, il me parait honnête et sympathique. Avant de le juger, je vais lui laisser le soin de se présenter, si toutefois il finit par en être capable, et là, moi, je saurai qui il est.


B ’ai toujours eu pour principe de ne pas juger les gens sur les apparences, car elles sont souvent trompeuses, ajouta-t-il en regardant cette femme. Elle ne semblait pas du tout impressionnée par ses propos, toutefois, David cru discerner moins d’agressivité dans son regard.

- Bien, bien, voyons voir ici, dit le professeur, allégeant ainsi l’atmosphère. Ha, oui da, bons bandages. Cela lui a sauvé la vie, mais il est temps, à présent, de faire une vraie chirurgie. Je dois rapidement désinfecter cette blessure et de la recoudre. Sur ce, il fouilla dans son sac et en ressorti une fiole de désinfectant, du fil, une aiguille et des bandages propres.

- Bien sûr, j’aurais préféré travailler dans une pièce isolée, comme une infirmerie, mais c’est pas possible.

Malgré ces conditions, le travail fut tout de même accomplit avec un grand professionnalisme. Se redressant, le professeur recommanda à David de laisser le blessé récupérer ses forces, sur cette civière.

- Surtout, veiller à le laisser tranquille sans que personne ne lui marche dessus. D’ici peu, il devrait reprendre connaissance. Il a été chanceux, oui da, car sa blessure aurait pu s’infecter et même sectionner une artère ou un tendon. Il ne perdra pas l’usage de son bras. Mais, qu’est-ce que c’est ? fit le professeur en tendant ses mains vers la valise ensanglantée. Des lambeaux de peau sanguinolents étaient encore accrochés aux pointes de métal qui ressortaient de la valise.

David retint le bras du professeur avant qu’il ne la touche. C’est à lui, et tant qu’il n’est pas mort, c’est encore à lui. De toute façon, à votre place, je ne me risquerais pas à ouvrir un truc pareil. A mon avis, il pourrait contenir quelques surprises, prêtes à vous bondir au visage et « adiós muchachos ».

- Oui da, je vois ce que vous voulez dire et je crois que vous avez raison. Et, maintenant, qu’avez-vous à me donner pour couvrir les frais de mon matériel et de mes soins? Il faut bien gagner sa vie, pas vrai, Da ?

- On a ceci, dit Geneviève tout en déposant bruyamment le tas d’armes récupéré sur le comptoir. De plus, je ne sais pas pour toi David, mais moi, si je ne mange pas tout de suite quelque chose, je vais devenir une affamée. Je meurs littéralement de faim !

- Ouais, moi aussi, maintenant que tu en parles, dit David en se frottant le vendre de sa grosse main.

- Ah, oui da, bien sûr, vous êtes très chanceux, car mon ravitaillement vient juste d’arriver. Je peux vous offrir de la soupe au poulet en canne avec un quignon de pain maison. Avec ce paiement, je vous en dois encore. Tout en disant ceci avec une expression mi-figue, mi raisin, le professeur jetait un coup d’œil à l’amoncellement d’armes.

Bien, ce ne sera pas de refus. Je ne me sens vraiment pas bien. La tête me tourne, sûrement à cause du manque de nourriture. Bref, mangeons au plus vite, car « J’AI FAIM » cria presque Geneviève, en arrondissant les yeux, avec un adorable sourire sur les lèvres.

Ils s’installèrent tous deux à la table située la plus près de leur « malade » et commencèrent à manger dès que le professeur leur eu servit leurs portions, après un bref moment d’hésitation

- Ah, que ca fait du bien, je me sens mieux. C’est comme si je redevenais moi-même.

- Arrête ça Geneviève. On croirait entendre une enfant. Tu n’as jamais été autre chose que toi-même, s’esclaffa David. Tu es toujours aussi belle et désirable, pensa-t-il, mais il se garda bien de lui dire, ne sachant pas très bien comment elle pourrait réagir.

- Parlant d’enfant, tu ne trouve pas qu’on n’en voit plus, depuis une couple d’année ? C’est vrai que si j’avais un enfant, je le garderais caché. C’est peut-être ce que les mères font.

- Vous s‘avez que la dame a raison. Elle dit plus vrai qu’elle ne le pense, dit soudain le professeur Crâneur en s’approchant d’eux.

- Que voulez-vous dire, questionna David en mâchant un dernier bout de pain. Que les parents les tiennent enfermés. C’est une sage décision je trouve.

- Nein, nein, ce n’est pas des enfants que je parle, mais bien des effets néfastes de la faim. Votre amie a plus raison que vous ne croyez.

- Expliquez-vous, professeur, car je ne suis par certaine de bien comprendre ! dit Geneviève, toute inquiète.

- Bon, par quoi pourrais-je commencer ?, se demanda, tout haut, le professeur, en réfléchissant à ce qu’il s’apprêtait à dire. Alors, voilà. Rappelez-vous, quand les industries et les entrepôts de produits chimiques ont brulés. Il y avait aussi des entrepôts de produits dit biologiques, pharmaceutiques et bien d’autres…C’est arrivé lors des derniers conflits mondiaux, à la grandeur de la planète. Et bien, cela a fait que beaucoup de gaz se sont formés et se sont mélangés à l’air que nous respirons, d’autres sont montés dans l’air et se sont mélangé aux nuages et sont retombés sur terre dans une pluie contaminée. D’autres encore ont dissout la couche d’ozone.

- Ouais, c’est pour ça qu’on ne peut plus sortir au soleil sous peine d’être grillé vif, comme dans un micro-onde ! dit soudainement la femme qui s’était rapprochée de leur table dans son fauteuil roulant, intrigué par le sujet de la conversation.

- Heu, oui da, c’est cela, dit le professeur, surpris d’être interrompu. Enfin, bref, ces gaz sont allés un peu partout, mais ils se sont retrouvés en grande concentration dans les villes, là où ils avaient été créés, si on peut dire.

Buoi, vous voulez insinuer que ces affamés sont des habitants des villes, qui ont été intoxiqués par ces saloperies d’usines. Que ce sont des êtres humains qui sont devenu ainsi ? Que c’est à cause de ces saloperies de gaz ? dit d’une seule diatribe, le « bon Jack ». Il s’était lui aussi rapprocher du groupe car le sujet l’intéressait également.

- Euh, oui, da… C’est cela même, dit le professeur en s’efforçant de dissimuler sa contrariété pour s’être fait interrompre encore une fois. Il resta silencieux quelques instants, cherchant où il en était rendu dans ses explications.

- David profita de cette pause pour demander : Ok, bon, ca explique d’où proviennent les affamés et qui ils sont. Mais, quel est le rapport avec le fait que Géneviève avait faim tout à l’heure ? Ce n’est sûrement pas une affamé, car je sais que ceux-ci ne peuvent plus redevenir des gens normaux. On a essayé de les soigner et ca n’a rien donné. Les effets sont irréversibles. Cette jeune femme a encore toute sa tête, et croyez-moi, elle sait très bien s’en servir.

- Oui da. Da, vous avez plus raison que vous ne le croyez. Voyez-vous, les fameuses toxines qui se sont retrouvées dans l’atmosphère, se sont propagées partout, mais en de petite quantité… dans l’air que vous respirez, dans l’eau que vous buvez, surtout si elle n’a pas été traité ou filtré. Ces mêmes toxines sont imprégnées dans vos vêtements, elles sont collées à votre peau, bref, même si elles sont beaucoup moins concentrées qu’avant, elles n’en demeurent pas moins partout autour de nous. Inquiétant hein ?

- Mais, c’est horrible, s’écria Geneviève. Vous voulez dire que tôt ou tard, on est tous condamnés à devenir des affamés !

- Oui et non, répondit le professeur. C’est là que l’alimentation entre en jeu et a des effets positifs sur les gens, à condition de ne pas laisser se dégrader la situation, c'est-à-dire de ne pas ressentir trop longtemps la faim.

Cette révélation laissa place à un silence morbide.

- Écoutez-moi bien, reprit le professeur, tant que vous mangez et buvez régulièrement, disons une fois par heure, votre corps réponds à cette stimulation en expulsant les toxines accumulés. Ce processus se fait pendant la mastication et la digestion. Mais l’eau que vous buvez doit être la plus pure possible. Pourtant, certaines personnes ont une constitution plus forte que la moyenne, comme vous monsieur, dit le professeur en pointant David du doigt. Ca vous donne l’avantage de pouvoir manger un peu moins souvent que les autres, mais vous devez tout de même être très prudent, sinon, vous deviendrez un affamé. Comme vous l’avez si bien dit tout à l’heure, l’état des affamés est permanent et irréversible. Souvenez-vous qu’il est crucial de manger au moins une petite portion de nourriture chaque heure si vous ne voulez pas voir vos facultés physiques et intellectuelles se détériorer à jamais. Bien sûr, c’est différent pendant votre sommeil. Vous pouvez dormir sans manger pendant quelques heures, mais pas plus de 8 heures par jours. Vous devez savoir aussi qu’il a des signes avant-coureurs : avoir une vision trouble, des tremblements aux bras ou aux jambes, des absences de lucidité, des folies passagères. Dès que vous vous retrouvez dans une de ces situation, c’est qu’il devient urgent de manger, sinon, fini, kaput !

Sur ces paroles, le professeur ramassa la vaisselle qu’il alla laver derrière son comptoir. Dans la planque régnait un tel silence qu’on aurait pu entendre une araignée tisser sa toile dans un coin sombre du bâtiment, s’il y en avait eu une, évidemment.

 

à suivre... voirchapitre III

 

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