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Chapitre III

Mutations

 

Bon sang que cela le démangeais, d’abord son dos, ensuite sa main gauche, puis quelques fois sa main droite aussi.  Mais, à présent, c’était plutôt le bas de son dos qui le faisait souffrir, atrocement.  C’était beaucoup plus qu’une simple démangeaison.  C’était un ravage de son système cellulaire, qui éclatait de l’intérieur.  Il allait sûrement mourir.  Quelle ironie, lui, le brillant Dr. Hyper, spécialiste en gênes unicellulaires. Lui, qui contre toute attente, avait enfin découvert  « le traitement », celui qui guérirait tout, absolument tout, de la maladie bénigne au cancer incurable.  Tous ses résultats de travaux, ses recherches et ses récentes expériences sur lui-même le confirmaient.

Cela faisait près d’une douzaine d’année maintenant qu’il y travaillait,  seul et sans relâche, dans ce monde de fou qu’était devenu l’humanité.  Enfin, ce qu’il en restait.

Il ne regrettait aucunement l’époque où il travaillait pour le gouvernement, il y a de cela plusieurs année.  Même s’il s’estimait choyer de faire partie de cette équipe de chercheurs renommés, il avait tout de même préféré se retirer du projet.  Pourtant, ces travaux avançaient alors plus vite et ses recherches avaient faits un bon de géant et aurait probablement été complétés cinq ou six ans plus tôt. 

Mais l’horreur et la perversion des buts véritables visées par ses supérieurs lui fut intolérables. Il ne pouvait accepter qu’ils se servent de ses recherches pour mener leurs projets à terme. Au début, ces projets avaient pour but d’améliorer la capacité des soldats à tuer plus facilement, à se régénérer aux blessures, à être plus rapides, plus meurtriers, plus efficaces, mais les faisaient régresser à un stade animal doué d’une certaine intelligence. C'était déjà inacceptable, mais le projet dégénéra encore davantage. Ils décidèrent plutôt de transformer les animaux en soldats... un soldat-animal fait tout ce que son supérieur lui commande. Il ne réfléchit pas, ne pense pas, ne se remet pas en question… ne remet rien en question. Quel merveilleux soldat! Tout à fait inhumain, tout à fait répugnant, car en plus de n’avoir aucune pitié, il n’éprouve aucune compassion. 

Mais quelle sorte d’esprit tordu aurait pu penser à faire un soldat à partir d’un animal ?  Selon des sources officielles, tout cela avait commencé en ex-Russie.  Ils avaient réussit à en créer et s’empressaient maintenant de les perfectionner.  Sont-ils donc inconscients au point d’ignorer qu’un animal aussi bien dressé soit-il,  ne le reste qu’aussi longtemps qu’on exerce un contrôle sur lui.  Hyper n’osait pas imaginer qu’actuellement il pouvait y en avoir en liberté, ce qui en ferait de redoutables maraudeurs.  Car tout animal laissé à lui-même reprend ses instincts de base, et les animaux sur lesquels les Russes avaient fait leurs expériences étaient tous de l’ordre des prédateurs.

Oh non, il ne regrettait absolument pas de les avoir « largués ».  Pervertir ses travaux à ce point, lui qui travaillait dans un but diamétralement opposé, soit de prendre quelques cellules du règne animal, pour leurs capacités régénératives, ou encore et surtout immunitaires, afin de les greffer aux humains. 

 

t il avait réussit par un curieux caprice du destin, il avait réussit ! Il avait créé un gène pouvant être transplanté à un être humain. Bien sûr, ce gêne requérait quelques modifications afin d’être parfaitement compatible avec l’A.D.N humain, et il s’avérait que le gêne du scorpion n’avait besoin que de quelques modifications mineures. Presqu’un jeu d’enfant, en somme.

Comme toute découverte devait être testée, il lui fallait un « cobaye ». En ces temps difficiles, la seule solution qui s’offrait était de s’administrer à lui-même le fruit de ses expériences. Avant toute chose, il se fit une série d’examens préliminaires. Malheureusement, il découvrit la présence de cellules cancéreuses qui confirmèrent qu’il ne lui restait que de 4 à 6 mois à vivre. Pas le temps de s’appesantir sur lui-même, il n’avait plus une minute à perdre. Il voulait à tout prix conclure ses recherches… sinon tout cela aurait été fait en vain.

Il ne fut pas vraiment surpris d’avoir développé un cancer. Rien d’étonnant avec tous les gaz toxiques présents dans l’air depuis le grand bogue. Tous ces hydrocarbures, tel le méthane, le benzène et l’ozone, pour ne citer que ceux-là, les deux premiers étant beaucoup trop concentrés dans l’atmosphère depuis le début du deuxième millénaire et le troisième en trop faible quantité, ce qui contribuait au développement de multiples formes de tumeurs. Et cela ne s’arrêtait pas là ! Un des effets dévastateurs de ces gaz mutagènes, comme son nom l’indique, augmentait les diverses mutations. Tout d’abord, on remarqua le phénomène sur de minuscules éléments tel les virus, les bactéries, les infections bénignes qui se mutaient rapidement en cancer, comme celui que Hyper avait développé. Non, ce n’était vraiment pas surprenant, puisque les taux de pollution présents dans l’atmosphère sont maintenant cent fois plus élevés qu’avant.

 

ais lui, le brillant docteur Hyper, a su utiliser certaines propriétés de ces gaz afin de les incorporer à des cellules souches tirés de gènes de scorpions. Et cela a fonctionné. Fabuleusement bien fonctionné. Même trop bien fonctionné. Terminé les maladies, terminé les cancers, son cancer. Tous les tests l’ont confirmé. Les cellules de scorpions génétiquement modifiées ont « absorbé » les cellules cancéreuses. Malheureusement, ils n’ont pas qu’absorbé les cellules malades, ils s’en sont nourri. Et qui dit se nourrir dit grossir. Et c’est bien là la base du problème. Hyper le brillant « docteur » en génétique a commis une petite erreur. Oh, une toute petite erreur. Microscopique peut-on dire. Ha Ha on meurt de rire de ce jeu de mots ! Ayant mal calculé les effets de mutation des gaz sur les cellules, ces dernières, en absorbant cancer et autres maladies, étendaient leurs effets mutagènes de façon incontrôlable, se répandant partout dans l’organisme. Et maintenant, il était là, effondré par terre, souffrant de la douleur de milles aiguilles s’enfonçant dans ces entrailles, ses muscles, ses os.

Peut-être après sa plus « éclatante » découverte, allait’ il mourir finalement. Il maudissait intérieurement le vieil adage : « Si tu joues à être Dieu, prépares-toi à
en payer le prix ! » Pourtant, Dieu n’a rien à voir là-dedans, non ? D’autres spasmes, d’autres souffrances. Il était sur le point de perdre conscience.

L’antidote qu’il venait de s’injecter, dans le but de contrer l’effet des gènes de scorpions, ne semblait pas fonctionner. Pourtant, cela aurait dû marcher. Encore une « erreur du brillant Dr Hyper», songea-t-il. Sa fin était proche à présent. Cela ne faisait plus aucun doute à ses yeux. Dommage, il aurait tellement voulu sauver l’humanité, il aurait pu aider les gens à reconquérir leur vie, plus dignement qu’avant, il aurait pu….
Et il sombra dans un abime de noirceur sans fond.

- ite Yvann, il nous rattrape ! Mais qu’est ce que tu fous, ce n’est pas le temps d’essayer de se cacher ? Tu as vu, il nous trouve toujours. Ce psychopathe doit avoir un sixième sens, en plus d’être excessivement dangereux.
- Je fais le plus vite que je peux Grégor, mais notre sac de nourriture me ralenti trop. Et… c’est peut-être à cause de l’odeur ce sac qu’il nous retrouve tout le temps !

Contournant un immense pin, Yvann y déposa le sac, puis, le dissimula totalement sous un amoncellement de branches et d’aiguilles de pin.
- Voilà une bonne chose de faite, on n’aura pas de difficulté à retrouver notre sac de nourriture au pied de ce gros arbre : c’est le plus gros de la forêt. Et, puisqu’il est très près d’un escarpement, on ne pourra pas se méprendre avec un autre pin, même si la plupart sont de taille respectable.
Ils se figèrent soudain lorsqu’ils entendirent un craquement tout près d’eux.
- Bon, il faut partir d’ici au plus vite, en souhaitant que ça marche. De toute façon, nous irons beaucoup rapidement ainsi.
- Tu dis vrai Yvann, mais j’espère que nous pourrons récupérer notre sac une fois que nous aurons réussit à le semer. Y a assez de bouffe là-dedans pour au moins une semaine. Ce serait criminel de la laisser pourrir.
S’apprêtant à s’enfuir, Grégor se demanda pourquoi Yvann restait là sans bouger. Il se retourna et s’aperçut que son ami, les yeux écarquillés, semblait avoir le visage figé dans un rictus de douleur.
-Yvann, qu’il y a-t-il ? On dirait que ça ne va pas ?

Oh non, ça n’allait pas !

 

a n’allait pas du tout, même si en cet instant, Yvann s’en foutait éperdument. Il se foutait soudainement de tout, tout ce qui l’entourait, tout ce qu’il fut, tout ce qu’il avait fait et même de son meilleur ami Grégor. La seule chose qui lui importait était les quinze centimètres d’acier qui lui dépassaient de la poitrine. Curieusement, il ne ressentait aucune douleur. Il se sentait plutôt bien, éprouvant une sensation de légèreté. Alors qu’il se sentait partir, alors que les lumières des étoiles s’éteignaient une à une, il se compta plutôt chanceux de ne pas pâtir. Avant que la vie l’ait totalement quitté, il eut une ultime pensée pour son ami Grégor : Il lui souhaitait de ne pas souffrir avant de mourir. Mais son souhait ne fut pas exaucé !

 

 

 

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